lundi 12 janvier 2015

Changer de logiciel économique

À Astaffort, dans le Lot-et-Garonne, Julien Leclercq dirige depuis quatre ans l'agence Com'Presse, spécialisée dans la production de contenus éditoriaux. Il a pris la suite de sa mère qui avait fondé en 1999 cette entreprise, qui compte aujourd'hui 40 salariés pour un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros. Julien Leclercq, membre du mouvement patronal Les Déplumés, se définit ironiquement comme un "salaud de patron" : sur son site et dans un livre du même nom, il raconte ses vicissitudes de chef d'entreprise. Il confie au Point.fr ses impressions sur les dernières déclarations économiques de François Hollande sur France Inter. Instructif et décapant. "Beaucoup de problèmes relèvent de choix européens", selon le président de la République. Une déclaration qui a "consterné" Julien Leclercq. "Ces grands partis qui défendent l'Europe uniquement tous les six ans ne cessent de l'accuser de tous les maux entre deux échéances électorales. Comment peuvent-ils s'étonner après cela que le FN arrive en tête aux européennes ?". "François Hollande nous dit : Le pacte de responsabilité va s'appliquer dans sa majorité au 1er janvier. Il a certainement oublié que nous étions déjà le 5... Plus sérieusement, il admet ici que jusque-là le pacte de responsabilité n'existait pas. Donc, tous les grands discours sur les patrons ne jouent pas le jeu, alors qu'on a mis en place le pacte de responsabilité n'ont aucun sens." "Le président nous dit que les emplois aidés ne sont pas une solution. Je ne suis pas d'accord. Subventionner fortement un emploi dans une TPE privée aurait du sens. Les chefs d'entreprise, notamment de TPE et de PME - qui ont créé 80 % de l'emploi salarié ces vingt dernières années -, ont vocation à pérenniser les emplois une fois l'aide arrêtée, car le dirigeant se sera battu pour développer son entreprise. Subventionner à 75 % un emploi dans une collectivité locale, ça, en effet, ce n'est pas une solution. Un emploi aidé dans une collectivité est amené à s'éteindre. C'est pourtant le chemin privilégié par le gouvernement." "Personne n'a pensé à demander à notre président pourquoi le contrat de génération ne fonctionnait pas. Là, il y a un vrai sujet, concret, précis, et qui ne tombe pas dans l'anti-hollandisme primaire. Le contrat génération était une promesse de campagne. Le mécanisme est le suivant : si un employeur embauche un jeune et s'engage à garder un senior, désigné tuteur, le salaire du senior en question est exonéré de charges. Dans la mesure où un senior gagne mieux sa vie qu'un jeune, on pouvait estimer que l'exonération de charges allait financer quasi à elle seule l'embauche du jeune. Un exemple : un senior qui gagne 3 000 euros net coûte 2 500 euros en charges sociales. 2 500 euros d'exonération, ça finance un net à 1 500 euros. Voilà. Le risque était minime : le jeune allait consommer, entrer dans le monde du travail. Malheureusement, au lieu de ça, le gouvernement a laissé tomber l'exonération de charges et a mis en place une prime trimestrielle de 1 000 euros. J'ai hésité à embaucher un jeune quand le dispositif a été voté. Salaire : 1 800 brut, coût global : 2 700 euros par mois environ, 32 400 euros par an. On me propose de me donner 4 000 euros. Cela est-il vraiment décisif pour m'inciter à franchir le pas... ? Voilà pourquoi le contrat de génération ne marche pas... Que le gouvernement applique sa promesse de campagne !" "François Hollande a parlé de simplicité. Il a promis de s'y tenir. C'est un point central. L'ensemble des mesures pour relancer l'emploi sont trop compliquées pour être comprises, appliquées, envisagées dans les TPE et PME. Or, encore une fois, ces petites boîtes représentent 99,9 % du tissu économique français, et ont créé 80 % des emplois ces 20 dernières années. Ce sont elles qui ont la clé. Aujourd'hui, il est prévu de baisser les charges par palier, mais cela est très compliqué à calculer pour nous, et en plus cela est indexé sur le smic - c'est idiot, car les salaires vont baisser. Une mesure simple serait par exemple un emploi exonéré de charges par tranche de 10 salariés." "Le CDI représente 5 % des embauches par an, il y a bien une raison... Pourtant les contrats précaires coûtent plus cher. Alors, pourquoi ? Parce que les entreprises n'ont plus la visibilité suffisante pour créer un CDI tel qu'il est aujourd'hui. Il est temps d'adapter la fin de ce contrat de travail au monde dans lequel on essaie de survivre." "François Hollande n'a pas répondu à quelques questions, notamment sur le pourquoi d'une croissance plus faible en France qu'ailleurs. J'ai beaucoup ri au désormais fameux La loi Macron n'est pas la loi du siècle. Son explication est passée plus inaperçue, elle est pourtant géniale : On ne fait pas une loi qui d'un seul coup change la réalité. Dommage, il y en a qui pourraient. Et son urgence à lui est là. Rien sur le contrat unique..., dommage. Et à quand une vraie simplification du Code du travail ?"